" Le judo c’est 1/3 de mental, 1/3 de technique et 1/3 de physique "

Caroline Calvez

Vice-Championne d'Europe de Judo vétéran

Interview d'une Vice-Championne d'Europe, arbitre national et entraineur de Judo


Caroline, vous êtes Vice-Championne Europe de judo en catégorie vétéran ?

Je pratique le judo depuis l’âge de 9 ans, je l’enseigne depuis mes 20 ans et en parallèle je suis aussi devenue arbitre national. Et effectivement, en vétéran j’ai eu trois titres jusqu’à présent, Vice-Championne Europe et aussi une fois 3ème et une fois 2de aux Championnats du Monde.

Quelle vision aviez-vous de la Préparation Mentale dans le judo avant de suivre la formation LNF ?

Aucune, je savais vaguement que ça existait mais sans plus. Je ne me sentais pas vraiment concernée par ce sujet.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous inscrire à la formation LNF en Préparation Mentale alors ?

C’est mon mari Emmanuel Calvez, qui est lui aussi professeur de judo, qui a d’abord suivi cette formation. Il a été bluffé par son impact pour sa pratique d'enseignant

Avec les outils qu’il a appris dans cette formation, il a alors commencé à me coacher. J’ai obtenu des résultats que je n’ai jamais eus auparavant. J’ai réussi à battre des filles qui m’avaient battu systématiquement les années précédentes. C’est là que j’ai vu et compris l’intérêt de la Préparation Mentale, et je me suis inscrite moi aussi à la formation LNF.

Le premier outil qu’on apprend dans la formation est l’outil Motivation. Vous pouvez nous expliquer à quoi il sert concrètement quand on enseigne le judo ?

Il est vraiment très important quand on est enseignant.

Un exemple parmi beaucoup d’autres : vers 16 ou 17 ans les élèves baissent souvent en motivation pour la pratique du judo. Les causes de ça sont multiples. Par exemple, ils ont envie de passer du temps avec leurs amis plutôt que de venir s’entraîner. Ou encore, leur lycée est un peu loin de leur domicile et ça les oblige à prendre le car ; ils perdent pas mal de temps dans les transports et soudain tous ces trajets deviennent trop lourds pour eux. Ou encore ils trouvent que finalement ils ne progressent pas vraiment, ou pas assez. Bref, ils sont moins motivés pour pratiquer le judo. 

C’est assez difficile pour un enseignant de gérer efficacement cette situation. C’est un sujet qui relève entièrement du mental et si on n’a pas été formé on ne sait pas vraiment quelles actions mettre en place pour garder la motivation de ces jeunes. Sachant qu'en plus chacun est un cas particulier.

Avec l’outil Motivation qu’on voit dans votre formation, je fais ça très bien : j’identifie rapidement les points qui posent problème et je sais quoi faire avec mon jeune pour l’aider à continuer à avoir envie de pratiquer le judo. Franchement ça marche vraiment très bien.

Le second outil qu’on apprend dans la formation est l’outil Fixation d’Objectifs. À quoi il vous sert concrètement dans votre métier d’entraîneur de judo ?

Lui aussi c’est un outil que je trouve assez formidable. Avec mes jeunes, il me sert à fixer correctement leurs objectifs. Ils ont tous dans la tête un objectif personnel qu’ils aimeraient atteindre dans le judo, mais cet objectif est toujours mal fixé en général. 

Par exemple, un jeune a dans la tête de devenir champion de France dans l’année, alors qu’il est aujourd’hui à un niveau départemental ou régional. C’est un objectif inatteignable pour lui, il est trop élevé. Si je lui laisse avoir cet objectif dans la tête, il ne va pas l’atteindre et en fin d'année il sera déçu, de lui-même ou du judo, et il sera ensuite moins motivé pour la pratique de son sport. Certains mêmes se tournent alors vers d’autres sports. 

En utilisant l’outil Fixation d’Objectifs, je peux montrer à mon jeune que son objectif est trop ambitieux à court terme.

Ensemble, on décide de placer cet objectif à long terme et on fixe à court terme un objectif motivant et atteignable, et on met alors en place les axes de travail pour lui permettre d’atteindre ce premier objectif. 

Dans la tête du jeune ça change tout : on a pris le temps de définir un objectif, on y travaille à chaque séance, il voit qu’il avance et que c’est à sa portée, et soudain il est motivé, engagé et il aime son sport.

On met aussi en place tous les autres points, qui sont dans l’outil Fixation d’Objectifs pour que tout fonctionne bien dans cette mise en place. Je peux vous garantir que c’est un outil essentiel quand on accompagne des adolescents ou des jeunes adultes. Il est bien sûr aussi très utile pour les compétiteurs, par exemple je l’utilise pour moi à titre personnel.

On apprend 8 outils dans la formation LNF. Est-ce qu’il y en a un autre en particulier que vous utilisez particulièrement ?

Franchement, je les utilise tous. Pour moi, en premier, comme je viens de le dire, l’auto-préparation mentale est devenue un réflexe dans ma pratique du judo. J’ai des routines pour gérer mon stress, ma concentration, mon discours interne… un tas de choses efficaces sont à présent en place.

Vous auriez aimé avoir ces outils plus tôt dans votre carrière ?

Oui, c’est sûr ! Plus jeune, par exemple, je tournais au niveau départemental ou régional mais j’avais un blocage quand j’arrivais au niveau national, je perdais tout le temps en quart de finale et je ne faisais pas de podium alors que, je battais souvent des filles en régional qui faisaient, elles, des podiums en national. 

C’est sûr que si j’avais eu ces outils, j’aurais pu traiter un tas de sujets utiles pour moi à ce moment-là. On ne peut jamais être sûr, mais je pense que mes performances auraient été différentes.

Un point que je voudrais ajouter : avant, pour progresser sur la partie mentale il fallait acquérir de l’expérience. Maintenant il y a ces outils, on peut s’entraîner sur la partie mentale tout de suite et renforcer son mental à l’entraînement. Ça devient comme pour la partie physique, technique ou tactique et ça, c’est vraiment une grande avancée pour nous.

Maintenant que vous êtes formée en Préparation Mentale, à votre avis la Préparation Mentale, c’est pour tout le monde ou seulement pour le haut niveau ?

C’est pour tout le monde bien sûr. C’est vraiment important que les entraîneurs de club se forment à la Préparation Mentale parce que la construction des séances d’entraînement se modifie et s’améliore quand on a été formé. 

Par exemple, aujourd’hui j’ai compris l’importance de l’autonomie dans la motivation des élèves à venir s’entraîner. Je laisse toujours un moment pour ça dans mes séances et c’est réellement efficace

Un autre exemple concernant la préparation des élèves pour la compétition : on ne peut plus les laisser aller en compétition sans les préparer sur la partie mentale. Ça marche à tous les âges et parfaitement bien, même avec les enfants. 

Un exemple tout simple : certains enfants, avant le combat jouent et se dépensent physiquement au détriment du combat. Si on leur apprend une toute petite routine de concentration, vraiment toute simple, ça change tout dans leur performance. Ils sont concentrés avant le début du combat et ils mobilisent tout de suite leur énergie et tout ce qu’ils ont appris. Le résultat est immédiat ! Et ils peuvent bien sûr utiliser cette routine hors du sport ensuite.

Même chose pour la confiance en soi, c’est essentiel de savoir aider un jeune là-dessus. Quand un professeur est formé à vos outils, vraiment, il est beaucoup plus apte à accompagner les élèves, qu’ils soient jeunes ou adultes d'ailleurs car les besoins sont bien sûr aussi présents chez les adultes, d'une autre façon bien sûr. L’impact est vraiment fort.

Pensez-vous que, les athlètes ont intérêt à se former eux-mêmes pour faire de l’auto-Préparation Mentale et gérer directement leur mental ?

Je le fais pour moi et ça fonctionne vraiment très bien. Ça devient vite un réflexe, parce que c’est facile à appliquer. Aujourd’hui, j’ai des routines de concentration, d’avant match, de performance, mes objectifs sont clairs et bien fixés et ainsi de suite.

En tant qu'athlète on ne peut pas tout le temps avoir un préparateur mental avec soi, ce n’est pas possible. Donc, c’est très important de savoir comment on fonctionne soi-même en tant qu’athlète et d’avoir les outils pour s’entraîner et se préparer mentalement si on veut faire face correctement aux situations qui surviennent en compétition.

Pour finir Caroline, la Préparation Mentale selon vous, c’est pour les adultes ou pour les jeunes ?

C’est vraiment pour tout le monde, du plus petit au vétéran, du débutant loisir, au compétiteur acharné. Tout le monde est concerné par le fait d’avoir une bonne concentration, d’être motivé, d’avoir confiance en soi, d’avoir des objectifs bien fixés, de gérer son stress, et ainsi de suite. 

Avec les petits, je mets en place des petites routines et c’est super efficace, pour gérer le stress, l’appréhension, la confiance en soi, la concentration. Avec les adultes, j’utilise les outils de façon plus complète. C’est pour tout le monde et c’est essentiel.

Merci beaucoup Caroline pour ce témoignage, un dernier mot pour conclure à l’attention des entraîneurs de judo qui ne connaissent pas encore la Préparation Mentale et qui se demandent si c’est vraiment fait pour eux ?

La Préparation Mentale est quelque chose de très important dans le judo. Le judo c’est 1/3 de mental, 1/3 de technique, et 1/3 de physique. En général, les entraîneurs sont au niveau en technique et en physique, mais ils ignorent beaucoup de choses sur le mental et c’est bien normal puisque personne ne nous a jamais formés là-dessus.

À présent, en France, on a cette formation LNF, à distance, prise en charge pour quasiment tout le monde sans avoir besoin de demander l’autorisation à personne, et qui permet de comprendre facilement tous les outils. Elle est facile à suivre et elle est passionnante. Profitez-en, ne passez pas à côté, c’est vraiment très utile.


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